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Entretien avec un praticien, Thierry Gilles, professeur de langue allemande et finconnaisseur de la pédagogie de Célestin Freinet.

  • Lili
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Entretien avec Lili


Comment définiriez-vous la pédagogie active en quelques mots, selon votre expérience ?

Que ce soit suivant la méthode Decroly, Freinet, Montessori ou Ferrer, la pédagogie active a pour ambition d’accorder autant d’importance au travail individuel qu’au travail collectif.

Elle exige de l’enseignant(e) et des élèves une implication très importante. Pour moi, le grand principe de la pédagogie active, c’est de ne pas choisir entre autonomie et coopération mais de favoriser les deux par diverses techniques et institutions (conseil de la classe, chef d’œuvre, projet, plan de travail, texte libre, auto-gestion même dans certains cas…)


Voyez-vous des effets sur la confiance en soi ou la prise de parole chez les élèves ?

Très clairement, oui. Les élèves qui sont passés par la pédagogie active ont très nettement une importante facilité à prendre la parole en public.

J’ai pu le constater tout au long de ma carrière d’enseignant, notamment dans la présentation des chefs d’œuvre de fin de secondaire. La confiance en soi dépend des individus mais ce que j’ai pu constater partout, dans toutes les écoles de pédagogie active que j’ai pu visiter, c’est qu’il y a beaucoup moins de décrochage scolaire et que de nombreux enfants ont repris goût à l’école grâce aux méthodes actives après une période très douloureuse de phobie scolaire.


Quelles sont, selon vous, les limites de la pédagogie active au secondaire ?

Le principal problème de la pédagogie active dans le secondaire, c’est que l’horaire est institutionnellement divisé entre plusieurs professeurs pour les différentes disciplines, ce qui complique l’interdisciplinarité qui est au cœur de la pédagogie active dans le fondamental (notamment la pédagogie Freinet).

Des écoles ont mis en place un système de thèmes communs dans tous les cours sur trois semaines consécutives pendant toute l’année (comme l’école Roger Lallemand à Bruxelles) mais je sais que c’est très difficile à organiser concrètement et que cela demande un investissement encore plus important aux enseignants.

Je pense en outre que ne faire que de l’interdisciplinarité n’est pas une bonne chose ; il y a de la matière de base qui est indispensable à connaître et tout ne peut pas se faire par l’interdisciplinarité.

Dans une école où j’ai été directeur-adjoint et qui n’était pas de pédagogie active, nous avions chaque année un thème de l’année qui devait être abordé dans un maximum de cours. C’est une voie médiane et organisable pour amener des liens entre les disciplines.


Comment voyez-vous l’avenir de la pédagogie active dans l’enseignement secondaire ?

J’espère vivement qu’elle pourra perdurer, dans un système éducatif en FWB qui malheureusement limite de plus en plus la liberté pédagogique.

La pédagogie active perdurera si elle ne se fige pas et reste « adogmatique ». Elle doit garder ses principes tout en restant flexible sans pour autant se conformer aux modes du moment. La pédagogie active n’est pas une méthode toute faite.

Petite anecdote qui est peut-être une légende : un journaliste demande un jour à Freinet ce qu’est la pédagogie Freinet. Freinet lui donne le nom de quelques collègues pour que le journaliste se fasse une opinion.

Le journaliste va voir les collègues puis revient vers Freinet en lui disant : « Je n’y comprends plus rien. J’ai vu chez vos collègues des choses complètement différentes. »

Et Freinet de répondre : « Et bien, justement, c’est cela, la pédagogie Freinet »


Est-ce que tout le monde est fait pour la pédagogie active, selon vous ?

Je répondrai que oui à condition que la pédagogie active reste un enseignement sur une base complémentaire de travail individuel et de travail collectif.

D’un côté un plan de travail personnalisé qui permet de faire du dépassement mais aussi de la remédiation ou de la consolidation pour les élèves en difficultés (avec aide du professeur ou en organisant un tutorat).

De l’autre, des moments collectifs avec des synthèses construites par la classe et l’enseignant et la mise en place de projets où l’hétérogénéité sera profitable.

Certains aiment mieux travailler seuls, d’autres en collectif. Il faut selon moi obliger les élèves à faire face aux deux aspects pour construire à la fois chez tous l’autonomie et la coopération, même si le bénéfice final sera à des degrés divers.

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